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Pierre Magnan

Pierre Magnan est né à Manosque en 1922 dans un milieu extrêmement simple qui confine à la pauvreté. Il  va au collège jusqu’à 12 ans puis devient apprenti  typographe jusqu’en 1942.Sa rencontre avec Jean Giono et Thyde Monnier changera sa vie, il vit intensément les rencontres du Contadour. Giono le fait lire et Thyde Monnier est sa maîtresse et son mentor. Réfractaire au service STO  il prend le maquis dans l’Isère, il y écrit son premier roman l’Aube insolite  en 1946. Il continuera à publier sans grand succès et pendant  vingt-cinq ans il travaillera dans une société frigorifique en région parisienne. En 1976 licencié il décide de se vouer à la littérature et en 1978 c’est la consécration avec Le sang des Atrides qui obtient le Prix du Quai des Orfèvres. Le succès ne se démentira plus entre la série des La Violette et La maison assassinée ,romans qui seront portés à l’écran.

Mais c’est dans ses récits autobiographiques qu’il décrit le mieux Manosque, une bourgade  rurale peuplée de “ paysans-de-ville “ : “J’entends les cris du chevrier (le cabraïre) de l’autre côté du mur mitoyen et les clarines des chèvres.[…]Mais surtout, surtout, j’entends la ville. La ville par ces beaux jours bourdonne comme un clocher. Et d’abord, c’est vrai, ce sont les cloches qui dominent. Elles annoncent l’heure d’abord et ensuite la première messe sans transition.

Saint Sauveur

Alors les paysans de la ville commencent leur ballet. Manosque qui compte trois mille cinq cent habitants, en a deux mille cinq cent qui vivent de la terre. Ils ont du bien par là autour, dans la plaine et par les collines. Peu de bien. Quelques hectares fragmentés[…]une vigne, une olivette, une amanderaie, deux ou trois vergers ou jardins potagers, ceux-ci au plus près de l’agglomération. Aux vendanges ou aux moissons, toute la Grand-Rue, les commerçants de la ville, ferme ses devantures et s’en va aux champs, assurer la récolte.

Au fond de chaque impasse , une écurie abrite une saoumo (bête de somme)[…] Nos galeries, au troisième ou au quatrième étage sont des basses-cours ou éclate à l’aube le chant des coqs[…]La charrette est à l’abri sous un auvent […] C’est autour de ces charrettes, chaque matin, qu’éclate le choeur incantatoire des réveils laborieux.[…] Alors sur la rue Chacundier, la rue Saunerie, la rue de la Paille, la rue d’Aubette, la rue Danton, la place des Ormeaux, jaillissent autour des charrettes équilibrées sur les chambrières, les imprécations rituelles qui font de ces départs des combats permanents[..]Tous les attelages de ce versant de la ville, depuis la place du Contrôle, la Grand-Rue, Sous-les-Cloches passent par la rue Chacundier. “ Pierre Magnan, L’Amant du poivre d’âne

Magnan se remémore les commerces de la Rue Grande : “Je revois cette madame Carretier, propre, grande,  aristocratique[..] dans une blouse blanche éblouissante. Son antre à fromage était la demeure du dieu arôme. Il était long et pénombreux, serré dans la rue Grande, entre l’androne d’un contrôle et la bijouterie Mathieu. La maigre fontaine aux cygnes de fonte roucoulait devant lui. Les platanes de l’église Saint Sauveur l’ éventaient de leur murmure. Quands les cloches sonnaient, on sursautait tant elles étaient proches.Les damotes de Manosque[..] venaient s’approvisionner ici de ce Banon qu’on ne trouvait nulle part ailleurs et qui faisait s’exclamer leurs invités.” Pierre Magnan, La biasse de mon père.

place Manosque

Lorsqu’il a douze ans Pierre Magnan entre comme apprenti typographe à La Dépêche agricole des Alpes : “ A cinq heures et demi, imperturbable, mon père nous apportait le café au lit [..] Alors sans me laver les dents, ni le derrière, ni la figure, je partais au travail en sifflant.Je fonçais en courant par la rue Chacundier, la place des Ormeaux, la rue Voland, la rue Grande, la rue du 14-juillet.Je traversais à fond de train la diagonale de la place du Terreau.[…] J’attendais l’ouverture devant la grande porte close à quatre volets” Pierre magnan, Apprenti

Le travail est difficile pour se distraire Pierre va au cinéma et surtout au Cercle des travailleurs : “il était à deux pas de l’imprimerie, de l’autre côté de la rue Défarges. La glycine qui orne sa façade est un monument public car elle était à peine moins grosse il y a soixante dix-ans qu’aujourd’hui. Déjà aux floraisons, elle retombait en cataracte au dessus de l’imposte d’une porte en plein cintre. Ce fut,  je crois, le premier miracle de ma vie cette glycine[..]Le propre des miracles  c’est qu’ils ont l’air naturels. Cette glycine, à treize ans, elle ne faisait que réjouir mes yeux. Je ne sais à quel point un jour elle me servira. [ cette glycine se retrouvera au coeur d’un drame dans Le secret des andrônes même si l’action se déroule à sisteron]. Pierre magnan, Apprenti

Son métier le fait entrer dans des lieux méconnus : “le seul joyau de Manosque : l’hôtel de Gassaud, une haute demeure qui arbore du fer forgé à tous les étages, devant ses hautaines croisées. Pour l’instant, il est à vocation de presbytère et un beau jour j’y pénètre le coeur battant la chamade car je viens porter quelque épreuve à corriger au terrible curé Gravier[…] Je pénètre dans cet étrange vestibule où s’amorce un escalier. Là non plus on a pas plaint le fer forgé. Je gravis intimidé un étage tournant où les carreaux noirs et blancs de chaque marche s’impriment dans ma mémoire et hanteront un jour tous les lieux somptueux que j’inventerai.” Pierre magnan, Apprenti

Le Paraïs

Puis c’est la rencontre avec Giono, d’abord dans un livre de celui-ci le refus d’obéissance puis  c’est en lui quémandant un article, qu’il va enfin le rencontrer au  Paraïs et être invité au Contadour  : “Je suis subjugué par cet homme. Je suis subjugué aussi par le bureau.[..][cette maison] j’y reviendrai souvent mais je n’aurai plus besoin de la regarder par la suite, seulement de la respirer. Elle va être comme un refuge. Et l’homme qui en est l’âme va changer ma vie.”

Pierre magnan, Apprenti